lundi 31 décembre 2007

Bonne année, bonne santé...


Les billets se suivent et, heureusement, ne se ressemblent pas. Il n'empêche. Le billet précédent sur la disparition de Benazir Bhutto donne bien la tonalité de l'année écoulée.

De l'Arche de Zoé aux voeux attendus du Président de la République, ce soir, le coeur et la raison n'y sont guère. Heureusement, il y a la déraison. Celle qui, envers et contre tout et tous, fait la vie.

Alors, au nom de la vie - y compris celle qu'on s'apprête à faire ce soir - pour faire aussi la nique à la mort et aux c... en mémoire de Benazir Bhutto, je vous souhaite à tous et à toutes une année 2008 exceptionnelle. Qu'elle vous apporte la santé, les richesses et surtout, la joie.

A tout bientôt l'année prochaine... En attendant, vivez sans modération même si pour ça il faut boire, fumer, manger, jouer, embrasser etc, sans excès...

La vie n'est faite que de contradictions et c'est tant mieux ainsi.

vendredi 28 décembre 2007

Tristesse

Ce cliché est de Jonn Moore de l'agence Getty Images.

Vous trouverez, ici, ses derniers clichés de Benazir Bhutto vivante. Son récit en tant que témoin de ses derniers instants.

Qu'ajouter de plus ?

Rien, pour l'instant.

Il faut laisser à la raison, celle du cœur, le temps de prendre la mesure de la déraison.

L'heure est, c'est de toute évidence, au recueillement.

La raison, l'autre, tel le naturel, reviendra assez tôt au grand galop.

Avec ses mauvaises raisons.

lundi 24 décembre 2007

Que c'est bien dit !

Ce commentaire de Jacques P., lecteur de l'article de Frédéric Lemaître, intitulé "2007, le grand retour des Etats," mis en ligne le 22/12/2007 par Le Monde Interactif, qui vaut bien d'être relayé ici !

"JACQUES P. :
Pourquoi "Grand retour". Ce phénomène n'est-il pas l'illustration du plus parfait des libéralismes qui aime à "privatiser les profits et nationaliser les pertes"... Les grands requins financiers lorsqu'ils touchent le fond aiment à se rappeler qu'il existe un Etat, des contribuables et la possibilité de socialiser leur déconfiture et leur mauvaise gestion."

On peut bien taxer ce commentaire de "marxiste", il n'en reste pas moins qu'à chaque fois que je paie mes impôts, je tique ! J'ai vraiment trop le sentiment de payer le vice et non la vertu !

Pas vous ?


vendredi 21 décembre 2007

Low cost ? Traduisez par : coups bas !


Dans la famille Beigbeder, donnez-moi le frère, Charles.

Le frère en question est le président de Poweo, une entreprise née des mesures libérales prônées par l'Europe au nom de la libre concurrence. Donc Poweo propose de fournir de l'électricité pour moins cher que le fournisseur "historique". Non pas au nom de l'économie, trop politique, mais pour faire des économies. Ce qui n'est pas la même chose. Et ce qui n'est pas mieux sinon pire, l'histoire récente prouvant qu'en matière de service public, ce genre de manipulation aboutit à une dégradation simultanée et de la qualité sur service rendu et des prix ! Et pour cause.

Parce que pour attirer l'homme d'affaires, il faut bien trouver le moyen de distinguer ce qui peut rapporter de ce qui peut coûter dans un service public. C'est le principe "Midas". On prend ce qui rapporte - le pot d'échappement, les freins, les amortisseurs... - et on laisse tout ce qui marge pas ou moins bien à l'atelier de mécanique général.

Moralité, c'est le métier de mécanicien qui finit par disparaître. Quand votre voiture ne marche pas bien, qu'elle gougloute, grince, couine ou pire qu'elle consomme trois fois plus d'essence qu'elle ne le devrait, essayez donc, aujourd'hui, de savoir pourquoi ? De trouver celui qui pourra, avec aisance, vous dire pourquoi et qui d'un geste étonnant d'aisance, mettra fin, à la situation d'inquiétude et de stress... et ce, souvent, pour ce que cela vaut : rien tant la "panne" est bête.

Notre Président et sa "clique" (le Gouvernement de la France à l'heure du clavier et de la souris) ne pensant qu'en termes quantitatifs (c'est nettement plus simple) comme le rappelle son fameux slogan : "Travailler plus pour gagner plus" qu'il rappelle avec tellement d'insistance qu'ici et là, on commence à se rendre compte des limites du propos, n'ont donc rien trouver de mieux, après le patron de la Fnac, de confier à un autre patron le soin de penser l'avenir de la société française.

Avouez qu'il faut vraiment être tordu dans sa tête pour penser que le métier de ces gens-là peut les conduire à penser en termes d'intérêt général, eux qui sont formés, recrutés, payés, jugés sur leur capacité à ne penser qu'en termes d'intérêts particuliers : à savoir leur intérêt à eux d'abord, ceux de leur entreprise, ensuite. Quant à l'intérêt de leurs clients et pire, celui de leurs employés, oubliez . Ils n'ont aucun sens sinon qu'en termes de profits possibles.

Au nom de l'efficacité - tout cela vole bien trop bas pour traiter, sur le fond et de façon vertueuse, de l'intérêt général et donc de l'avenir -, on peut donc compter - jusqu'à preuve du contraire - sur notre Président, sa clique et ces gens-là uniquement pour nous enfoncer, la société française et nous, un peu plus à chaque fois.

Je craignais donc le pire quand j'ai appris que Charles Beigbeder, le frère, avait pondu un rapport sur le pouvoir d'achat. Je n'ai pas été déçu !

Le titre du rapport en question "Low Cost, un levier pour le pouvoir d'achat" m'a tout de suite conforter... dans mon appréhension. Voilà une vision du pouvoir d'achat tirée par le bas parce qu'il ne faut pas se tromper, passé un certain cap -pas évident à déterminer il est vrai, mais c'est bien cette difficulté-là qui fait la noblesse des bons dirigeants - "pas cher" dit que cela ne vaut pas grand chose sinon rien de bien.

La première victime, évidemment, c'est le client. Les secondes (le pluriel s'impose hélas) ce sont ceux dont le travail vise à produire des biens et des services corrects. Dans la logique "Low Cost", ce qu'ils font ne peut être que méprisé car problématique : cela coûte ! Et comme ce qui "compte" ce n'est pas la qualité mais le bas prix il n'est pas difficile de deviner la suite. Le "Low cost" et ce rapport sonnent, à la fois, le glas pour les emplois et le respect des valeurs humaines, le glas aussi pour le pouvoir d'achat réel. Celui qui mesure le coût payé non pas pour de la crotte mais pour un produit et un service dont la qualité réponde aux besoins, aux attentes et, même, aux promesses.

"Si j'étais Nicolas Sarkozy...", je retournerais en... Chine pour y prendre une leçon ou deux et les appliquer. Etonnant à l'heure des rappels en masse de jouets ? Pas tant que ça. Suivez le guide...

Dans les années 80, la Chine s'ouvre sur l'étranger. En clair, fini de "compter exclusivement sur ses propres forces." La Chine s'adresse donc à l'offre internationale qui voit essentiellement le milliard de Chinois et pas le reste, c'est-à-dire la réalité... chinoise.

Ne disposant pas des connaissances techniques et économiques pour établir, d'entrée de jeu, des cahiers des charges pertinents, les Chinois,dans un premier temps, vont donc recourir au critère du prix. L'emporte le moins cher.

C'était sans compter sur la valeur d'appel que représente le marché potentiel chinois, et donc, l'offre occidentale s'est donc livrée à une surenchère telle que les Chinois ont fini par payer effectivement pas cher du tout des biens et des équipements qui valaient bien moins encore puisqu'ils ne marchaient pas !

Entre temps, les Chinois avaient appris et au critère du prix, ils ont ajouté l'efficacité et le rendement, s'occupant des résultats et moins des choses techniques et des prix en eux-mêmes et pour eux-mêmes.

"Si j'étais Nicolas Sarkozy..." ou plutôt, si nous étions Nicolas Sarkozy, la première chose à faire serait de changer de formule. Une fois encore, il s'agit moins de "Travailler plus pour gagner plus" parce que cela s'inscrit dans une logique de perdants que de "Travailler mieux pour vivre mieux" parce que l'important aujourd'hui, ce n'est pas tant le pouvoir d'achat en soi que le fait de vivre mieux. Car tant que l'objectif ne sera pas justement le vouloir vivre mieux, la question du pouvoir d'achat sera un vrai faux problème. Celui de toutes les manipulations et de toutes les hypocrisies.

La vraie question, aujourd'hui, est de savoir pourquoi on gagne toujours moins à faire et à exister. C'est la réponse actuelle à cette question qui fait que les choses sont de plus en plus cher. Parce qu'à faire appel uniquement à des hommes d'affaires, on finit par oublier que le bon prix est avant tout, le prix juste et que le prix juste n'est pas seulement économique, mais éthique. Un bon prix, un pouvoir d'achat juste, repose essentiellement sur le respect des clients, des consommateurs et des citoyens.

Ne cherchez plus l'erreur. Elle est là : ils se foutent de nous !

jeudi 13 décembre 2007

De qui se moque-t-on ?


Avec ce billet, j'inaugure une nouvelle catégorie - "De qui se moque-t-on ?" - qui devrait rappelle le temps où la presse, en s'indignant, remplissait sa fonction de 4ème pouvoir.

Voici donc, pour commencer, la brève publiée ce matin dans la "Check-List" du Monde en ligne à l'origine "de tout" :

"Une nouvelle réforme de l'Etat sur les rails
Prévue sur cinq ans, elle vise notamment à réduire le nombre de fonctionnaires afin d'en améliorer les salaires et de réduire la dette de l'Etat."

Le problème avec la présidence actuelle, une fois encore, c'est qu'elle privilégie l'urgence au détriment du sens et donc de l'avenir.

Pour ma part, je suis certain que régler la question de la dette de l'Etat ne passe pas par des économies de "bouts de chandelle". Ou pour pour être plus juste, par une approche qui ramènent les serviteurs de l'Etat à des "bouts de chandelle".

"Si j'étais Nicolas Sarkozy", j'aborderais la question de la fonction publique sous un autre angle. Celui non pas des économies, mais de l'économie. Parce que, me semble-t-il, la vraie question est celle-là : dans un système économique ouvert, quelle est la place de la fonction publique ? J'avoue ne pas disposer de réponses toutes faites. D'ailleurs, si on vise l'efficacité, y en a-t-il seulement une ? Toute faite, prête à l'usage ?

"Si j'étais Nicolas Sarkozy", je commencerais donc par revaloriser les fonctionnaires. Je crois, en effet, qu'il faudrait commencer par tenter de savoir ce que les fonctionnaires, eux-mêmes, pensent de leur fonction. Non par rapport à eux-mêmes mais par rapport au service qu'ils rendent effectivement. Ceci vaudrait non seulement pour les hauts commis de l'Etat mais aussi pour tous ceux qui participent de près ou de loin, à son fonctionnement quotidien.

Et, tant qu'à faire, je voudrais savoir s'ils pensent qu'il est possible d'améliorer le service qu'ils rendent non seulement au profit de l'Etat, mais aussi aux "administrés". Je voudrais savoir aussi ce qu'ils pensent des moyens dont ils disposent, de l'usage qui en est fait, des améliorations auxquels ils songent et ce tant en termes d'efficacité que de rentabilité. Parce que la dette de l'Etat n'est pas seulement l'affaire des politiques. Elle est l'affaire de tous.

"Si j'était Nicolas Sarkozy" je tenterais donc de m'attaquer aux vraies questions avant de proposer des mesures qui, s'attaquant aux effets, se gardent bien de traiter des vraies problèmes. Une démarche à faire en sorte que la situation empire à terme tout en assurant la dégradation d'un service de plus en plus indispensable à tous. A croire que la visée présidentielle est celle des libéraux qui ne souhaitent qu'une chose : privatiser les services de l'Etat les plus rentables et que l'Etat, en l'état (nous en l'occurrence), se garde bien d'exploiter pour mieux gérer les dépenses de l'Etat et donc viser à supprimer sa dette. Mais, de toute évidence, il y a trop d'intérêts en jeu et la situation actuelle doit bien profiter à certains pour qu'elle n'évolue pas...

Tout donne à penser que ne doit rester dans la fonction publique que ce qui coûte et ne rapportera jamais rien, le reste étant voué à être remis au secteur privé. Dans ces conditions, si vous voyez une quelconque chance de voir la dette de l'Etat, baisser et disparaître, faites-moi signe.

mardi 11 décembre 2007

Droit de visite politique : petit rappel


La visite du chef de l'Etat libyen fournit une bonne occasion de méditer ce passage de la lettre d'Ingrid Bétancourt rendue public, le 1er Décembre dernier.
"J'aime la France de toute mon âme, les voix de mon être cherchent à se nourrir des composantes de son caractère national, elle qui cherche toujours à se guider par principes et non par intérêts. "
Comme il serait facile de s'en prendre uniquement au Président, je crois indispensable de lire la suite :
"J'aime la France avec mon coeur, car j'admire la capacité de mobilisation d'un peuple qui, comme disait Camus, sait que vivre, c'est s'engager. "
Dommage que l'avenir - le notre - ne mobilise pas plus. De qui sommes-nous donc les prisonniers ? Dans quelle geôle croupissons-nous ?, pour en être arrivé là ?

Citation à paraître


"Que préfères-tu, celui qui veut te priver de pain au nom de la liberté ou celui qui veut t'enlever ta liberté pour assurer ton pain ?"

Plus ça va et plus j'ai l'impression que les sarkozistes, militants ou sympathisants, ont choisi la deuxième option pour répondre à cette question d'Albert Camus. Et, pour notre malheur, Sarkozy étant président, c'est à tous les Français et les Françaises qu'il enlève chaque jour un peu plus de liberté sans pour autant leur assurer leur pain autrement que sous forme de promesses...

vendredi 30 novembre 2007

Cherchez l'erreur...

A force d'occuper la "Une" de tous les médias, le Président drogue littéralement un pays de plus en plus halluciné. Nicolas Sarkozy vit dans son monde. Du coup commenter l'actualité devient lassant. L'impression de se répéter sans cesse, de tourner en rond, est lancinante. Car l'ennui pour le pays et ses habitants, c'est qu'il est de plus en plus clair que le monde du Président, n'est pas le vrai monde. Celui que vit non seulement le pays mais aussi la planète. Et, c'est, il faut bien l'avouer, ce qui fait la force du Président. En effet, sa vision personnelle permet de déplacer les problèmes et donc de proposer des solutions là où personne ne pouvait en voir avant et pour cause. Sur le plan de la méthode, il n'y a rien à redire. Sur le plan pratique, cela permet de proposer des mesures et de faire "bouger les choses".

Mais faire bouger les choses ne constitue pas une fin en soi. Et c'est là où le serpent Sarkozy commence à se mordre la queue. Cet homme-là se trompe moins de valeurs que d'époque. Certes, il rassure en faisant appel à des repères passés mais cela l'amène à proposer comme solution ce qui, justement, fait problème.

Prenons l'adage présidentiel : "Travailler plus pour gagner plus !". A l'heure où depuis une dizaine d'années la grande question est de savoir ce qu'est le travail, c'est vraiment passer à côté de l'essentiel, à savoir le vrai problème. A force de vivre au quotidien les effets des nouvelles technologies sur les façons de travailler, tout le monde se rend bien compte que c'est la nature même de ce que l'on appelle le travail qui a changé aujourd'hui. Et ce n'est donc pas pour rien que l'on en vient à s'attaquer aux fondements mêmes des lois qui régissent les rapports des uns et des autres au travail, en général, et des salariés aux employeurs, en particulier.

Et pourtant, il n'y a pas vraiment besoin de sortir d'une grande école pour se douter qu'à l'heure des nouvelles technologies, ce n'est plus la force (physique, le travail), qui constitue l'essentiel de la production économique mais bien l'intelligence, c'est-à-dire, la pertinence de l'activité de chacun qui, dorénavant importe. Encore faut-il, pour que l'activité de chacun soit pertinente qu'elle puisse s'inscrire dans des visions partagées et des objectifs qui prennent en compte les besoins et les attentes de chacun et donc de tous.

Dans ces conditions, on voit combien la formule "Travailler plus pour gagner plus !" est paradoxale et pernicieuse car elle encourage à renforcer les causes de dysfonctionnement en bloquant le changement. S'il y a rupture dans la politique présidentielle, c'est moins avec les erreurs de ses prédécesseurs qu'avec la finalité même de l'action politique. Ce qui est en jeu aussi, contrairement à ce qui est dit, ce n'est pas tant le progrès que la victoire d'un point de vue sur les besoins et les attentes d'une société dans toute sa diversité.

Si le Président voulait vraiment faire avancer les choses pour le pays et ses habitants, son adage devrait être non pas "Travailler plus pour gagner plus", mais, à la rigueur "Travailler mieux pour vivre mieux".

Cela étant, l'adage "Travailler plus pour gagner plus" a le mérite de la clarté et de la cohérence. Il s'agit moins de convaincre que d'acheter l'opinion puisqu'en final ce programme ne peut aller que dans le sens d'une dégradation des relations au travail au profit de ceux à l'argent. Ceci donc au profit d'une minorité et au détriment du plus grand nombre. De toute évidence, le Président est prêt à y mettre le prix. Il est vrai que ce n'est pas lui qui paie, mais nous ! Quant au reste, tout ce qui pourrait améliorer la vie quotidienne de tout un chacun, n'en parler pas. Ça l'agace comme la question concernant la "police de proximité" pourtant réclamée par tous tant la violence s'étend sur le terrain dès lors que l'on organise le vide institutionnel dans un territoire (sur ce plan, la réforme Rachida Dati frise la haute trahison). Difficile de rester serein quand on voit ainsi une politique conçue et menée au plus haut niveau de l'Etat, celui où il est justement prévu de protéger les institutions républicaines, consistant à créer des vides territoriaux et ainsi encourager le développement de la délinquance et de la violence.

Dans ces conditions, je commence à me poser la question de savoir si, en final, ce Président n'est pas suicidaire !

dimanche 4 novembre 2007

Arche de Zoé II

Cela fait une paie ! Il fallait bien l'annonce du départ pour N'Djamena de notre cher Président pour me faire sortir de ma réserve...

Faute de Cécilia, voilà donc notre Président dans l'avion.

Espérons que les journalistes qu'ils s'apprêtent à ramener soit plus journaliste que les enfants que l'Arche de Zoé s'apprêtait à arracher à leur sort étaient, heureusement pour eux, orphelin.

Si j'ai été si silencieux ces derniers temps, c'est effectivement que les choses se compliquent et demandent nettement plus de réflexion que du temps où les choses allaient d'elles-mêmes. Tout simplement parce que ne parlaient que les gens qui avaient légitimité à le faire. C'est-à-dire pour le moins, ceux qui avaient quelques compétences et donc les quelques connaissances de base nécessaires pour comprendre non seulement de quoi il s'agissait mais aussi de prendre la mesure et d'intégrer les problèmes fondamentaux que la question soulevait. Ce que ne permet pas l'action pour l'action, cette forme de fuite en avant emportant tout sur son passage. A commencer par la raison. Aujourd'hui, c'est clair, la bonne volonté et l'indignation si elles demeurent nécessaires et indispensables, ne suffisent plus. Il faut développer ses connaissances et apprendre pour commencer à tourner sept fois sa langue dans sa bouche, avant de tirer...

En l'Etat, si je puis dire, ce qui m'inquiète le plus - et ceci expliquant Sarkozy comme Président (il faut tenir à la majuscule au terme président comme au statut d'antan, me semble-t-il) -, c'est l'état de l'opinion publique. Ainsi les commentaires des lecteurs de l'éditorial "Internet et la vie privée" du journal Le Monde démontrent à l'envi le fait qu'ils sont mal informés des enjeux politiques concernant l'utilisation faites par les fournisseurs de services de leurs données personnelles et celles concernant leur vie privée. La faute à qui ? Soyons clair, à tous ceux qui sont chargés justement charger d'informer l'opinion publique. Les médias, certes, mais aussi les pouvoirs et les services de l'Etat. Et donc, ce sont toutes ces autorités-là et donc la défense de l'intérêt public, celle des citoyens que nous sommes, qui est ainsi remise en cause.

Ceci n'explique pas la méconnaissance profonde des réalités sociales du Président quand il s'attaque aux régimes spéciaux de retraite. A ce niveau, il doit le faire exprès. En fait, la question du financement des retraites à venir pose deux questions fort différentes et qui appellent des types de réponses tout aussi différentes.

La première, tout le monde l'a compris et même le gouvernement semble-t-il, est effectivement d'ordre financier. La réponse à cette question est avant tout de nature prévisionnelle. Elle concerne donc la pertinence des outils de prévision, d'une part, et ceux de calcul, d'autre part. Si, compte tenu du système actuel de financement (les actifs paient pour les retraités) tout le monde est inquiet sur l'avenir de ce système à terme, c'est uniquement parce qu'il repose totalement sur l'évolution démographique et que celle-ci est devenue défavorable et donc quelque chose sur laquelle il conviendrait donc de ne plus s'appuyer. On préfère ne pas poser la question en ces termes. Dans cette optique, cela reviendrait à faire cotiser-économiser les gens pour leur propre retraite. Sur le plan éthique et économique, la question demanderait de trouver d'autres réponses que celle débouchant sur des systèmes genre fonds de pension à l'américaine dont on connaît les inconvénients mais dont on peut voir aussi la taille atteinte par cette forme d'épargne. Il s'agirait donc de passer d'une situation de déficit à une situation de production de plus values... Ce qui, il est vrai n'est pas chose évidente pour une Administration. Question d'éthique donc et non de petites économies sur le dos des salariés. A problème financier, il s'agit donc de trouver des réponses financières... ET éthiques. Ça, c'est diriger un pays, pas régler les problèmes à la petite semaine... Mais une fois encore, peut-être ferais-je bien de de tourner ma langue sept fois dans ma bouche avant de tirer sur cette ambulance-là !

La seconde raison est d'ordre humain. Et là, bien sûr, on entre dans un tout autre registre. Plus complexe, mais pas plus compliqué à prendre en compte. Sauf, évidemment, qu'il s'agit d'une question de coeur dont la raison technocratique, imbécile et cynique, ignore les raisons. C'est ce qui fait que les syndicats, hélas, passent à côté aussi. Ainsi, là où ils parlent de droits acquis, ils feraient bien mieux de parler de reconnaissance non seulement de situations particulières mais de relations humaines parce que le droit ne sert qu'à ça : formaliser des relations entre personnes.

La remise en cause des Régimes spéciaux ne consacre pas seulement des conditions de pénibilité d'une tâche. Les régimes spéciaux représentent aussi la reconnaissance, l'expression d'une gratitude. En un mot, une forme de remerciement à vie accordés à des salariés pour le travail qu'ils font et les services qu'ils rendent du temps de leur service actif. Autrement, comment attirer les meilleurs pour effectuer des tâches souvent décourageantes mais nécessaires ? C'est ce qui révolte quand on voit l'Etat refuser aux pompiers, qui plus est souvent volontaires, alors même que leurs activités sont pénibles et risquées, une telle reconnaissance. Ceci explique que ces régimes s'appliquent aussi à des professions dont il est évident que c'est le dévouement plus que la pénibilité qui justifie l'attribution d'un régime spécial.

Quand notre Président descend dans la fosse d'entretien d'une locomotive et s'attaque aux régimes spéciaux, il ne se rend pas compte qu'il remet en cause la reconnaissance et donc le respect dû pour service rendu le plus souvent à la Nation. Il consacre que l'Etat après les citoyens et malgré ses dénégations laisse de plus en plus tomber les siens. C'est en ce sens que notre Président est un prédateur dangereux. Il se pense le seul à mériter beaucoup plus et pour cela il se sent obligé de déshabiller tous les autres de ce qui les distingue et de ce qui les fait sortir du lot. A croire que cela lui porte personnellement ombrage. Et pour ça, tous les moyens sont bons. Y compris celui consistant à faire appel aux sentiments les plus vils comme l'envie de ceux qui ne bénéficient de tels régimes (ce qui n'interdit pas, bien au contraire, au titre de la revalorisation cette fois de chaque régime, de revoir les conditions pour lesquelles ils sont attribués)

L'envie, justement, parlons-en. Le régime général fournit une base minimale. Rien ne peut empêcher qui que ce soit de rechercher et d'obtenir mieux s'il mérite et donc apporte plus à la collectivité.

Donc le vrai problème, tient à la façon de poser les questions. En l'occurrence la manière sarkozienne est particulièrement perverse puisqu'elle repose sur la dévalorisation de l'individu ("travailler plus pour gagner plus" dont on commence à voir les limites et les coûts humains et financiers) et non l'augmentation de sa valeur ("être mieux mis en valeur pour gagner mieux!"). L'éternelle opposition entre quantitatif et qualitatif... Autant vous dire que Novembre 2007 risque d'être à la fois chaud et dur sur le front social et, espérons-le pour nous, politique. Enfin, si ce n'est pas pour ce coup-ci, cela viendra donc. L'est peut-être temps d'arrêter de prendre les "Français" (pas ceux mis dans un même sac des discours, mais vous, moi) pour des canards sauvages !

Puisqu'il faut savoir sourire de tout et surtout du pire, tout le monde notera que faute de Cécilia, c'est Nicolaaaaaaaaaas lui-même qui a dû prendre, cette fois, l'avion de la libération . Il est vrai que la situation des journalistes et des hôtesses est moins dramatique que pour les infirmières bulgares. Cela étant, il faut comprendre qu'en prenant ainsi l'avion, notre Président (vous l'avez voulu, je l'ai) vole moins, une fois encore, vers N'Djamena que la vedette à son ministre porteur de sac de riz... et à tous les médias confondus puisqu'il s'est intronisé, faiseur de l'actualité.

Après sa femme - pardon, son ex-femme -, son Premier ministre (ex ?), les Français (ex-sarkoystes ?), la Presse (le jour où elle aura enfin compris. Mais le vaut-elle ?) que va-t-il rester au Président ? Certainement pas mes regrets s'il continue de marcher à ce régime !



mardi 18 septembre 2007

Donner à voir vs Donner à vivre

L'exposé de Yann Arthus-Bertrand de son projet "6 milliards d'autres" (cliquez ici) définit très bien ce qu'est une économie de subsistance par rapport à une économie d'échanges, celle dans laquelle vivent les gens aisés, quand il rapporte :"... Le soir, au coin du feu, cet homme m'a raconté sa vie, ses envies, ses ambitions - elles se résumaient en quelques mots : "nourrir ma famille"."

C'est après que cela se gâte un peu quand il ajoute :" En dépit de la pauvreté, de la sécheresse... Je pensais connaître tout cela. En réalité, je n'en ai pris conscience que lorsque cet homme me l'a raconté, avec ses mots, en me regardant droit dans les yeux, sans se plaindre et sans rien me demander... Cette rencontre m'a marqué au coeur et a changé ma vision du monde."

L'ennui, c'est qu'il exprime là les impressions d'un homme descendu, accidentellement, sur ce coin de Terre, ce qui, malheureusement, n'arrive pratiquement pas aux cinq milliards neuf cent millions neuf cent mille neuf cents quatre-vingt dix neuf autres pour qui la vision du monde ne peut que se troubler à ce genre de récits, mais pas changer fondamentalement. Et pour cause.

Proposer ce site ("6 milliards d'autres") est une démarche généreuse mais ambiguë comme toutes nos démarches fondées sur la seule compassion. Car il leur manque une dimension fondamentale. Certes, le procédé crée le lien parce qu'il amène chacun à s'exprimer, c'est-à-dire à produire. En l'occurrence, à dire. Et aux autres d'entendre.

Pour peu que l'image soit belle et la personne bien choisie, ça marche. C'est même fait pour ça. Mais la limite même de ce projet, c'est que cette production est le reflet de nos préoccupations à nous Occidentaux. Elle dit ce que nous avons envie d'entendre. Pas ce qu'a raconté cet homme/ "petit prince" à Yann Arthus-Bertrand, aviateur perdu dans le désert. Là réside la difficulté majeure. Le piège même des technologies de communication. Leur mise en oeuvre, ici la "nécessité" de mettre en place une grille commune de questions, amène à passer, le plus souvent si on n'y prend garde, à côté de l'essentiel : la vie des gens.

Il n'y a pas d'utilisation neutre et transparente des outils de communication. Utiliser ce type de moyens implique que l'on en accepte la pleine et entière responsabilité. Sinon ce ne sont pas les gens qui communiquent mais nous qui communiquons sur eux. Et ce n'est pas du tout la même chose.

Peut-on pour autant se laver les mains de l'injustice ? Non, bien sûr. Mais si on veut donner pleinement sa place à l'autre, alors il faut s'en donner pleinement les moyens. On ne peut pas se contenter de donner à voir. Il faut aller nettement plus loin. Il faut réellement donner à vivre... aux autres parce que s'il n'en est pas ainsi que nous sera-t-il donner à vivre à nous ? Des émotions ? C'est très nettement insuffisant. Et c'est là tout l'enjeu, en réalité de la diffusion des techniques de communication.

Il faut donner, aux uns et aux autres, non seulement les moyens de vivre leur vie mais aussi de montrer ainsi la part qu'il prend dans la construction de l'avenir. Parce que ceci a pour conséquence directe de permettre au spectateur d'échapper au destin de voyeur, d'être rétabli dans sa dignité humaine en étant celui qui participe, y compris en tant que spectateur élément d'audience, à l'histoire de l'humanité en train de se faire et de se construire.


samedi 15 septembre 2007

Les fabriques du bonheur

J'ai écouté la radio ce matin. J'ai entendu deux émissions qui vont toutes deux dans la même direction, celle de ce que j'aurais bien appelé la "Fabrique de sens" si l'expression n'avait pas déjà été empruntée comme titre de catégorie par l'auteur de ce blog remarquable "Tinhinane" (cliquez ici) (à voir la catégorie "Plume & Clavier", entre autres).

La première de ces émissions diffusée ce matin 15 septembre entre 7h00 et 8 h00 sur France Culture, s'intitule "Terre à Terre" et son thème aujourd'hui était "Le jardin zoologique de la Tête d'Or à Lyon" (cliquez ici).

A l'écoute de cette émission, je me suis rendu compte que l'évolution de la vision de ce qu'était un zoo était une bonne nouvelle pour l'humanité. Pourquoi ? Comment ? Ecoutez l'interviewé. Ça passe par une ouverture sur les différences et leur prise en compte. Ça montre aussi que c'est bien là, la voie de l'avenir tant elle produit du bonheur.

La seconde de ces émissions est "Masse critique". Diffusée aussi ce matin mais de 8h10 à 9h00, toujours sur France Culture, avait pour titre "Que peut l'industrie du disque face au téléchargement illégal ?" (cliquez ici) Grâce à la qualité de l'invité, Patrick Zelnik, patron fondateur de la maison de production "Naïve", on est allé, là aussi, à l'essentiel. Le piratage n'est pas seulement une cause. C'est aussi une conséquence et donc la question a permis d'aller au fond : c'est quoi produire du "bien culturel" ? (et non c'est quoi commercialiser du bien culturel ?). Heureusement, il ne sera question qu'en toute fin d'émission du sujet annoncé.

A écouter sans modération. Toutes deux mériteraient, amplement, d'être "remboursées" par la sécurité sociale.

Au terme de ce billet, confronté à la nécessité de remplir la case "titre", grâce à tous ces gens-là, il m'est venu celui-ci : les fabriques du bonheur.


jeudi 13 septembre 2007

Penser avant d'agir

La matinée a commencé sur les chapeaux de roue...

Tout d'abord cette émission de France Culture, "La Fabrique de l'histoire" diffusée ce matin et dont le thème était "Libertés publiques" (cliquez ici).

Ça dure une heure, mais si vous n'avez pas le temps, vous pouvez écouter seulement l'intervention d'une professeur Claude Gauvard qui commence 5'19.

Le constat, il n'y a pas d'instauration de liberté sans limitation d'autres libertés.

C'est dire que le discours sur l'intelligence collective se révèle extrêmement réducteur dès lors que l'on sort du champs restreint d'une certaine vision de la connaissance et de ses utilisations.

Ce qui est en jeu avec le niveau atteint par le déploiement - la prolifération ? - des TIC dépasse largement ce cadre étroit. Et donc, en rester à une intelligence auto-productrice, dès lors qu'elle est organisatrice, ce qui est son sort naturel, débouche sur tous les excès tant, en final, l'intelligence est fonction des libertés de pensée et d'expression.

C'est dire qu' il n'est pas possible de dissocier sérieusement l'intelligence et les savoirs du reste de la vie sociale, culturelle et politique. Sauf, à refuser de voir et de révéler, ce qui permettrait de poser sinon les règles du moins les principes du jeu en cours, moins le pourquoi que le pour quoi (en deux mots) du défi technique, des intérêts en jeu (la finalité pour chacun et pour tous) et donc la question de savoir à qui profite, en fait, la démarche proposée et quels en seront les victimes puisque que dès lors, la démarche ne peut être qu'à somme nulle.

Le silence, l'opacité dans laquelle baigne le déploiement des NTIC et donc l'avenir de chacun au plan sociétal, trouvent essentiellement leur source dans l'immédiateté technique très bien résumée par la loi de Moore qui pose que la capacité des composants double tous les 18 mois ! Que la société suive ou non n'étant pas la question...

Et pourtant. Il est clair que le déploiement des techniques impacte l'humain, lui dont les rythmes de renouvellement des modes de pensée relèvent plus de la vingtaine d'années que de la douzaine et demie de mois. Et donc tous les propos sur l'intelligence et la société de l'information reposent sur une vision technique, ni réelle, ni humaine des sociétés (l'humain étant une dimension qui n'exclut pas la technique mais qui permet, bien au contraire, de traiter de son intégration à la société et donc de ses usages réels, ceux qui établissent son utilité effective et donc pérenne. Le contraire du gadget.)

C'est donc dire que les propos tenus par les chantres du déploiement fondé sur des arguments relevant de la logique technique sont fondamentalement manipulateurs. C'est le cas, même s'il n'en est pas conscient, de ce billet de Pierre Bellanger (Le réseau social : avenir des télécoms). Cela étant, comme il est le patron de Skyrock, il est facile de comprendre pourquoi.

Le plus troublant, c'est la forme. En l'occurrence, un billet dans un blog, présenté donc comme un éditorial de presse. En fait, comme pour le blog M.-E. Leclerc, il s'agit de faire l'apologie d'une pratique, reflet d'un intérêt particulier. Le fait que ces deux personnes soient "cohérentes" (elles croient et pensent ce qu'elles font et ce qu'elles disent), ne doit pas masquer le fait que chacune d'elles ne fait que professer sa Vérité. En fait, une vérité dont il faut évaluer l'impact, c'est-à-dire les effets tant au plan vertueux que pervers.

C'est là une dimension éthique qui ne me semble pas prise en compte quand on parle d'une intelligence collective fondée sur les réseaux techniques où la machine est érigée en acteur alors qu'elle ne peut-être qu'un moyen. Sauf à instrumentaliser l'homme, bien sûr. Ce qui, il est vrai, permet d'éviter de se poser à propos des développements techniques, la question de savoir au service de qui ? et pour quoi faire ? puisque la machine est censée apporter la réponse d'elle-même dès lors qu'elle "fonctionne". Or, justement, les choix d'avenir, pour chacun et pour tous, dépendent des réponses apportées à ces questions. A force de les éluder, il est "normal" que notre vie, notre quotidiens, notre avenir s'enlisent dans la précarité, reflet du rythme technique.

Mais il ne faut pas désespérer. Même si, compte tenu des dynamiques actuelles, il faut moins compter sur l'intelligence que sur les effets insupportables de l'absurdité pour sortir de la situation dans laquelle on est.

Car plus cela va aller et plus on va buter sur des pseudo-solutions générées par la techno-pensée consommatrice - supprimer les régimes spéciaux de retraite, par exemple - et plus on va se trouver confronter aux vrais questions. En l'occurrence, 1) qu'est-ce que la pénibilité au travail 2) Quelles sont les pénibilités qui justifient un départ à la retraite plus précoce, et celle qui relève de l'amélioration ou de l'aménagement ponctuel des conditions de travail ? 3) et donc quelles sont les pénibilités qui relèvent de mauvaises pratiques de gestion des hommes et, si on va jusqu'au bout du propos 4) comment sanctionner ces pratiques tant au plan d'une organisation (cela concerne pas seulement les entreprises mais toutes les collectivités de travail), qu'au plan individuel (les abus d'un chef) puisqu'elles coûtent si cher à la collectivité ?

C'est le sujet qui a été évoqué, toujours sur France Culture, ce matin, 13 septembre 2007, lors du débat, cette fois, organisé lors de l'émission "Les matins de France Culture" et dont le thème portait sur la réforme des régimes spéciaux de retraite (cliquez ici). Emission à écouter à partir de 1:33:00 pour les questions induites et donc la nature même des débats et puis, sur le plan de l'approche de ces questions, à partir de 1:45:00 l'intervention de Bernard Brunhes (voir le site de France Culture pour les précisions le concernant) qui, parlant de la nécessité d'une méthodologie, soulève la question centrale de l'explicitation des buts et finalités des démarches nécessaires à une bonne détermination, déjà, des moyens de mise en oeuvre. A commencer par le temps nécessaire dès lors qu'il s'agit moins de réformes en soi que de prendre en compte et d'accompagner des évolutions lourdes de la société.

A suivre l'actualité présidentiel, on en est loin. Trop loin.


samedi 8 septembre 2007

Sciences citoyennes, le paradoxe

Comme vous pouvez le constater, je suis en train d'essayer de rattraper le retard dû à plusieurs semaines de "fracture numérique". Francis Pisani, encore lui, a publié une série de billets suite à un week-end passé chez Google pour assister à une réunion organisée par l'éditeur Tim O'Reilly à qui on doit le concept Web 2.0.

A propos de ce forum, SciFoo 07, Francis Pisani a donc publié un billet intitulé "La science citoyenne ?" qui m'a inspiré le commentaire suivant :

"En fait la question d’une science citoyenne renvoie à une étape cruciale de l’histoire de la connaissance humaine. Si il faut en croire Bertrand Saint-Sernin (La raison, “Que sais-je ?” p.98) le pas aurait été franchi à l’entrée en guerre des Etats-Unis en 1941 avec le lancement du Manhattan District Project qui allait aboutir à l’invention de la première bombe atomique. Ce programme consacrait dans les faits la fin du concept de “l’honnête homme”, capable de maîtriser tous les savoirs pour comprendre sinon le monde du moins un domaine de la connaissance.


A partir de là, effectivement, tout devient compliqué parce que dans ces conditions, s’il n’y a plus de vision globale tout devient non seulement discutable et discuté y compris l’intérêt général, mais aussi ce qui permettait de trancher, à savoir l’autorité (encore elle !) qui a vu ainsi sa légitimité remise en question de facto au point de la rendre discutable elle aussi.

Face à une telle vacance, scientifiques et techniciens se sont empressés de ne pas traiter des solutions - qui impliquent des choix politiques et donc idéologiques - mais uniquement de problèmes ce qui évite effectivement de prendre des responsabilités mais amène à passer à côté de l’essentiel : l’avenir.

Mais cela n’aurait pas été trop grave si à ce premier évitement, la science et la technique n’y avait pas ajouté une couche supplémentaire visant cette fois à exclure tout ce qui pouvait relever de l’humain au prétexte que ce n’était pas mesurable. Au total, cela fait donc au moins une soixantaine d’années que les sciences et les techniques n’ont qu’un seul souci : développer des savoirs et des moyens dont l’homme est exclu et uniquement instrumentalisé tant au niveau de la famille qu’en société, au travail, à l’école…

Parler de science citoyenne relève du bon sentiment… Est-ce le rôle, la mission des scientifiques ? Est-elle possible dans la mesure où la science n’est pas fondée sur la réalité mais sur sa modélisation, c’est-à-dire sa réduction ? Dans ces conditions, la formule science citoyenne relève du paradoxe… même si dans l’idée, vu ses usages actuelles, cela relève effectivement de l’urgence. Mais là encore, la solution, en final, c’est le vrai problème, la question étant : Comment rendre dirigeable un monde sursaturé d’informations ? Car trop d’information ne ute pas l’information, mais l’action stratégique et politique.
"

Question d'autorité

Le développement de l'Internet, en général, et du Web, surtout le 2.0, en particulier ne cesse de poser sous diverses formes la question non seulement de l'autorité, mais aussi du pouvoir et donc du rapport de forces. Voici le commentaire que j'ai laissé en marge d'un billet publié sur le blog de Francis Pisani consacré au livre d'un auteur portant sur l'ordre ou plutôt le désordre numérique.

"Je crois qu’on mélange un peu tout. L’autorité n’existe que si elle donne un sens reconnu à certaines choses ET IL FAUT IMPÉRATIVEMENT AJOUTER SIMULTANÉMENT dans une situation et un contexte donnés. L’autorité inclut une dimension de pouvoir mais elle ne peut pas et ne doit pas être réduite à cette dimension. Tout simplement parce que l’autorité naissant de domaines nouveaux s’imposent avant de pouvoir représenter un pouvoir. Inversement, un pouvoir établi doit pour survivre imposer son autorité par tous les moyens. Donc il importe de ne pas tout mélanger et de faire un mauvais procès à l’autorité ce qui entraîne psychanalytiquement très loin. Notre monde est assez pathologique pour ne pas y ajouter encore une couche.

Cela m’amène à revenir sur un commentaire d’hier qui faisait référence à l’activité artistique. Je suis son auteur. Nous sommes tous artistes quelque part à condition d’affirmer notre point de vue, c’est-à-dire de l’assumer, le revendiquer et l’assumer envers et éventuellement contre tout. Ce n’est pas dans cette voie que s’oriente le Web 2.0 dans la mesure où, au contraire, il dilue les opinions puisque trop d’opinions tue l’opinion. D’ailleurs, il n’y a pas à se tromper. Il y a des blogs qui marchent (en termes d’audience au moins) et d’autres pas. Cela ne serait pas trop gênant en soi, s’il n’y avait pas des “trucs” qui favorisent les uns et pas les autres. Devenir bogueur à succès est un métier. C’est juste. Ce qui ne l’est pas, c’est de prétendre que ce n’est pas le cas et c’est ce que l’on fait quand on laisse entendre que le Web 2.0 ne repose sur aucune autorité.

@swimmer21. Je me méfie toujours des analogies et plus encore des métaphores… Je ne suis pas certain du tout que Maturana et Varela vous suivraient dans votre extrapolation de la cellule à la société sans autres formes de procès.

@marie toulouse. Au-delà de vos arguments, je suis assez en accord avec votre vision du monde des nouvelles technologies et des questions de fond qu’il soulève d’une part et qu’il s’empresse d’occulter de l’autre. Pourquoi ? Telle est la bonne question, me semble-t-il ? Qu’en pensez-vous ?

De fait, le sempiternel débat autorité/pouvoir , pouvoir/autorité me semble malsain dans la mesure où systématiquement il est dissocié, et pour cause, de sa finalité ! Du coup, on parle de principes alors même que l’autorité est avant tout, en principe du moins, une question de pertinence. Sinon il relève effectivement et exclusivement du rapport de force… Web 2.0 ou pas ce qui confère aux débats des relents “totalement” sectaires. Ce qui manque furieusement à tout ça, c’est du sens."

Et vous, qu'en pensez-vous ?

jeudi 16 août 2007

Pourquoi je ne suis pas Nicolas Sarkozy ? Réponse en 300 000 morts/an

Si les vacances sont faites pour prendre du recul, mes vacances, mouvementées à souhait (voir ici), ont déjà bien remplies leur office. Au point, de titrer ce billet "Pourquoi je ne suis pas Nicolas Sarkozy " dans un blog dont le nom même est : "Si j’étais Nicolas Sarkozy ! " Je m’en vais donc vous expliquer pourquoi.


A l’origine de ce constat, il y a cet article du Monde daté du 15 août dernier intitulé : "Le suicide aux pesticides fait 300 000 morts par an dans les campagnes asiatiques. "

Cet article reprend une publication mise en ligne par la revue scientifique de renommée internationale The Lancet. Les auteurs notent ainsi que sur les 500 000 décès par suicides par an estimés dans ces régions, 60 % d’entre eux, soit effectivement 300 000 sont dus à l’ingestion de pesticides. L’étude note qu’en grande partie ces décès pourraient être empêchés si les hôpitaux locaux étaient mieux équipés et les antidotes lorsqu’ils sont disponibles, utilisés.

Ce qui m’étonne le plus, c’est que pas plus l’article du Lancet que celui du Monde pourtant moins spécialisé et plus généraliste, ne pose un seul instant la question de savoir pourquoi 500 000 personnes par an en viennent à se donner la mort, aujourd’hui, dans les campagnes asiatiques.

Pourtant, il me semble qu’il s’agit là de la vraie question. Parce que proposer des solutions techniques efficaces pour lutter contre l’absorption des pesticides ne peut que déplacer le problème. A terme, les candidats au suicide changeront de moyens pour mettre fin à leurs jours. L’important donc, c’est moins l’utilisation détournée des pesticides que les raisons qui poussent, chaque année, un nombre bien supérieur aux 500 000 morts constatés (combien de suicides manqués ?) d’attenter à leur vie.

En attendant, il y a là un système bien huilé dans lequel tout le monde se retrouve. Les scientifiques qui fournissent des connaissances tellement sorties de leur contexte humain que les solutions proposées ne peuvent être qu'aussi simples (sinon simplistes) qu'elles sont à côté des vraies questions ; des politiques qui trouvent là les moyens de donner le change en prenant des mesures d’autant plus spectaculaires qu’elles ne traitent pas du fond des problèmes ; des médias à qui ont fourni ainsi, à moindres frais, matière à faire du sensationnel avec caution scientifique en prime ; et nous, enfin, qui préférons, chaque jour plus que jamais semble-t-il, des "y’a qu’à, faut qu’on" à la marge, aux vraies questions et aux vraies solutions qui bousculeraient nos petites "certitudes " et nos petites habitudes du moment.

S’agiter donc, n’est pas faire avancer les choses. C’est en ce sens que je sens que, sur le fond, je ne peux pas être un Nicolas Sarkozy. Cela étant dit, la France – et même le monde – mérite Nicolas Sarkozy et son « thatchérisme opportuniste » (seule, peut-être Ségolène Royal aurait pu faire mieux, mais on ne le saura pas) ; les Etats-Unis, Georges Bush II ; et la Russie, Vladimir Poutine.

Reste qu’à désespérer, on a toujours tort. Car ce serait compter sans les bonnes volontés qui, soit par grandeur d’âme, soit par nécessité, finissent par s’emparer des vraies questions et à porter, à bout de bras, les vraies solutions. Celles qui répondent aux besoins et aux attentes du présent, mais aussi de l’avenir.

dimanche 29 juillet 2007

Quand l'Afrique s'éveillera, le monde sera sauvé !

Je dois avouer que je ressens et que je partage le sentiment de révolte exprimé par Uzodinma Iweala, un auteur nigérian, dans un article coup de gueule que Le Monde a publié dans un "Point de vue", intitulé : Cessez de vouloir "Sauver" l'Afrique !

Le propre de notre société d'aujourd'hui est de nous proposer, au motif d'un dépaysement (réel), façon d'échapper à notre condition ne serait-ce qu'un moment, de nous plonger dans la réalité des autres. Celle des contrées "déshéritées" parce que riches en attraits touristiques ne vient pas en dernier. Ce faisant, l'avion confronte non seulement nos organismes mais aussi nos sentiments aux réalités d'ailleurs. Et c'est, le plus souvent un choc terrible dont il est difficile de se remettre. Car ce retour aux sources originelles apporté par les paysages se paie au prix fort en termes de culpabilité au plan humain. Même si on a fait le choix de s'isoler dans une réserve à "blancs", barricadé derrière de hauts murs, gardé par des milices, la route parcourue dans la poussière entre l'aéroport (et quel aéroport !) et l'hôtel révèle une réalité dont la dureté par rapport à la notre, exclut l'autre de façon rédhibitoire. Non seulement, il est différent, mais qui, plus est, il est pauvre. Insupportable ! Du coup, d'un côté comme de l'autre, les écarts dépassant l'entendement, s'établit un échange fou visant à réduire, comme on le dit d'une fracture, un écart qui, contrairement aux apparences, n'est pas seulement quantitatif. Donner ce que l'on a à ceux qui ne l'ont pas en pensant que cela peut suffire est humain mais totalement idiot et complètement à côté de la question de fond. Celle de donner à l'autre la capacité de prendre la main sur son destin, de penser et même de rêver un avenir et les moyens d'en faire une réalité.

Du coup, l'humanitaire est condamné à devenir, par nature même, inhumain.

Certes, il y a les urgences. L'aide à personnes en danger. Mais cette activité vire vite à un activisme qui masque la quête de bonne conscience nécessaire pour supporter l'insupportable. Dû moins au poids de l'inégalité qu'à celui de l'injustice.

Parce que le décalage constaté n'est pas seulement le fait du temps et de l'espace. Il est aussi la conséquence directe du constat que notre richesse provient du pillage et de la destruction des ressources des autres, en général, et des leurs en l'occurrence. Et le plus étonnant, dans l'affaire, c'est qu'il n'y a besoin ni de discours ni de dessins pour en être convaincu. Le choc des différences suffit. Ça saute littéralement aux yeux.

Dans ces conditions d'inégalités entretenues, les solutions font le plus souvent problèmes et accentuent encore le fossé repoussant les plus démunis dans des situations encore plus insoutenables qui suscitent à leur tour des solutions de plus en plus problématiques pour la condition d'homme, de femme, d'enfants. De là-bas ,mais d'ici aussi..

Le soutien à nos agriculteurs qui ne font que détruire leurs perspectives de survie à terme, tue aussi sûrement dans ces pays. Le poulet des surplus européens extermine, malgré ses coûts quasi insignifiants, l'élevage local. Elever un poulet pour le vendre ne peut plus nourrir ni son homme, ni sa famille dans les pays d'Afrique touchés par l'aide européenne... Vous me direz que ce n'est pas mieux sur les marchés internationaux des produits agricoles où la production des pays dits "pauvres" ne peut lutter contre les prix subventionnés de la production des pays riches. Décidément, cette richesse-là rend pauvre.

Dans ces conditions, l'aide est condamnée à virer à la catastrophe humanitaire. Argent non distribué ou mal distribué, coûts de collecte, de gestion et de distribution qui s'envolent. Et la plaisanterie de circuler : l'Afrique a connu trois calamitiés. Les missionnaires, les militaires et... les ONG.

Et le propos, le plus souvent malheureusement, est totalement justifié. Parce que tant que l'on n'ira pas au fond, la démarche consistera à arroser, au goutte à goutte, un désert. Ce qui, à la limite serait le moindre le mal. Parce que le pire est ailleurs.

Le pire, c'est que, par nature, l'ONG ne peut devenir qu'un vrai business qui enrichit plus sûrement les riches que les pauvres... Question d'industrialisation de l'activité qui du coup ne peut plus parvenir à traiter des vraies questions qui "pèsent" chacune quelques centaines d'euros dès lors que l'on dispose de millions sinon de milliards de ces euros ou de ces dollars.

Et donc la question est ailleurs.

En matière humaine, misère ou pas, la seule solution qui tienne est celle qui apporte à chacun une réponse qui tienne à la question de l'avenir. Le sien. Ce que non pas l'aide, mais l'intention et la politique d'aide évacuent par nature. Non parce qu'elle s'inscrit le plus souvent dans l'immédiat, mais parce que, plus fondamentalement, elle consiste à projeter sur l'autre sa vision à soi de l'avenir. Et la "bonne volonté" de la jeune étudiante blonde "agressant" l'homme noir qui passe "indifférent" devant son étal militant, d'un "vous ne voulez pas sauver l'Afrique ? " accusateur à de quoi effectivement révolter Uzodinma Iweala. Parce que, malgré les apparences et nos attitudes, la vraie richesse, celle des hommes, n'est plus chez nous mais bien là-bas.

Non seulement parce que le pouvoir d'achat de ceux que l'on qualifie (condamne) de pauvres n'est pas insignifiant (5 000 milliards de dollars dit la Banque Mondiale) mais aussi parce que le montant même de ce pouvoir d'achat du fait qu'il surprenne, montre bien que le vrai drame, c'est que l'on étouffe bien les "pauvres" et leurs richesses qui dépassent, et de loin, leur seul pouvoir d'achat.

Force est de constater que les Africains survivent encore là où la plupart des autres civilisations ont disparu ou ont été assimilées. Et ce n'est pas rien. Ils le doivent, je le crois, à l'énergie et au génie que leurs conditions de vie nécessitent pour simplement exister.

C'est dire que le jour où l'Afrique s'éveillera, ce qui ne saurait tarder, c'est le monde entier qui saura sauvé. Parce que cela signifiera que ceux que l'on dit les plus pauvres et les plus exclus, catégories dont relève de plus en plus une majorité sans cesse grandissante des populations du monde - y compris et surtout dans les pays dits riches - ont su prendre la parole et s'en servir moins pour asservir les autres que pour valoriser ce qu'ils sont et ce qu'ils savent.

Alors, il est urgent de cessez de vouloir "sauver" l'Afrique. Il est grand temps, plutôt, de chercher à nous donner notre chance à tous.


samedi 28 juillet 2007

Vacances forcées

Je pensais pouvoir... ben non !

Je vis actuellement dans un petit village de l'arrière-pays niçois. Je pensais pouvoir alimenter mon blog dans de bonnes conditions. Pas possible. Le débit est beaucoup trop lent et le nombre des coupures trop important...

Et pourtant, dans ce village, certains disposent de l'accès à l'ADSL , d'autres, dont moi, pas. Je me renseigne et on m'annonce qu'effectivement, ma ligne n'est pas éligible. Pour avoir accès à l'ADSL, il faut que j'ouvre une nouvelle ligne. Coût : 109 euros !

Sinon, il faut mobiliser sa Mairie pour obtenir qu'elle groupe les demandes et paie les travaux pour généraliser l'accès à l'ADSL.

Mon voisin me fait remarquer que le principe de service public qui imposait l'accès à tous aux moyens de communication n'existe donc plus dans les faits.

Qu'en pensez-vour ?

En attendant, la situation créée ne me permet pas vraiment d'exercer mon office ! La Présidence est, elle aussi, à deux vitesses !

Merci à ceux qui passent ici. Qu'ils ne m'en veuillent pas trop de cette absence d'actualité, mais je continue de travailler et dès mon retour dans des contrées mieux équipées, vous allez pouvoir profiter de ces travaux de vacances.

A ceux qui sont encore là, je souhaite un très bon courage. Aux autres, de très bonnes vacances.

A tous, à très bientôt



jeudi 19 juillet 2007

Penser l'avenir

Je reprends, ici, mes échanges avec JR parce qu'ils touchent à l'essentiel pour comprendre ce qui se trame avec notre entrée dans le XXIème siècle. (A la re-lecture, je ne pensais pas que vouloir démontrer la nécessité de penser solution déboucherait à traiter de la question européenne ! Comme quoi, il y a là le bout de la pelote de ficelle sur lequel il faut tirer !).

J'encourage donc le lecteur intéressé, à revenir au billet précédent et aux premiers échanges avec JR au niveau des commentaires.

Je reproduis ma dernière réponse que je complète (texte en bleu) à la lumière de mes échanges avec JR :

"La voie consiste à arrêter de penser en termes de problèmes. La lutte contre la pauvreté est un non sens parce que la pauvreté est un état, un statut. La seule chose à faire, c'est de lutter contre les conditions qui créer la pauvreté. En l'occurrence contre la misère parce que la misère correspond, elle, aux divers sentiments ressentis face à la pauvreté (il n'y a pas une misère, mais des misères). Et les sentiments, eux , changent et on peut faire en sorte qu'ils changent. Et souvent, il suffit de peu de chose, d'un peu de considération.

"Lutter contre le chômage est un non sens parce que le chômage est une conséquence, pas une cause. Etc, etc, etc... C'est la raison pour laquelle les mesures qu'on nous présente ne marchent pas. Le "bouclier fiscal" en est un autre exemple.

"L'humanitaire en est un autre exemple. Soit il relève de la charité et à part soigner la mauvaise conscience des "riches", elle ne règle rien sur le terrain. Soit, elle vise à donner les moyens d'espérer et de prendre en main leur destin à ceux qui sont dans la peine et là alors, elle lutte contre la misère de façon durable. Et l'expérience le prouve, c'est effectivement la voie dans laquelle il faut croire et s'engager.

"L'évocation pays "riches" pays "pauvres" était allusion aux discours bien pensant de la "communauté internationale". Elle fixe ainsi des frontières qui, dès lors, seront quasiment impossibles à faire sauter. Sauf à ce que ce soient les intéressés eux-mêmes qui, déjouant la bonne pensée occidentale, accèdent à la scène internationale. Hier, c'était le Japon de l'après-guerre, jugé moribond et tout juste capable de "copier" alors qu'il apprenait. C'est aujourd'hui l'Inde et la Chine qui font peur parce que l'on n'est toujours pas capable, à force d'ânonner nos clichés, de comprendre les situations et donc d'en prendre la mesure.

"La recherche d'un monde meilleur passe effectivement par l'imaginaire. Et contrairement aux apparences, il s'agit moins d'innover que d'être capable de se remettre en question afin de percevoir, enfin, en quels termes il convient de poser les problèmes pour trouver des solutions, plutôt que de fuir le réel en prenant nos désirs pour la réalité !

"Le monde idéal d'aujourd'hui est un monde où les échanges entre personnes, entre peuples, entre cultures, ne s'effectuent plus dans une logique de jeu à somme nulle où il y a forcément un gagnant et forcément un perdant ! Imaginer un cerveau où chaque neurone n'aurait qu'une seule "idée", "avoir l'autre" ? Et chaque synapse, retenir l'information pour mieux la vendre ! Voilà où nous en sommes. Le monde et les hommes en réseau d'aujourd'hui relèvent plus du cerveau que d'un ensemble disparate d'intérêts particuliers. Voilà en quoi le monde d'aujourd'hui a changé. Voilà ce qu'il devient urgent de prendre conscience.

"Vivre un tel monde n'est donc pas compliqué. Cela consiste à s'assurer, qu'à chaque étape de chaque projet, que ceux qui participent, directement et indirectement à son développement y trouvent, à titre personnel et collectif, des raisons de vivre leur vie. Pour ça, il faut cesser de considérer uniquement les gens comme des con...tributeurs ou des contribuables.

"La solution à la recherche d'un monde meilleur passe par la remise en cause de nos façons de pensée qui, systématiquement, nous amène prendre les problèmes pour des solutions.

"C'est le message de fonds qu'il faut décliner sans cesse tant le pli est pris de nous faire prendre des vessies pour des lanternes !

"Je sais. Ce n'est pas évident !"

JR ajoute alors (extrait de sa réponse)

"Vous connaissez Tryo ?

Dans une chanson intitulé "J'ai rien prévu pour demain" ils chantent :

"[Un monde]
où tout le monde à compris,
que donner à quelqu'un,
c'est ce faire un ami."

C'est un peu ça, une relation win/win, 1+1 = 3, mais où la création de richesse profite à tous..."

Cher JR, ça va encore nettement plus loin que ça. Pour faire simple, dès lors que le monde est majoritairement connecté, la création de richesse des uns est création de la richesse de chacun et de tous ! A contrario, les dysfonctionnements des uns deviennent les dysfonctionnements de tous. Quel est le degré de granularité du phénomène (A partir de quand le dysfonctionnement de certains, affecte-t-il chacun ?) ? Je ne le sais pas. Ce qui paraît certain, c'est qu'à plus d'un milliard d'internautes, le phénomène devient patent.

Ça paraît fou ! Et pourtant, c'est bien sur ce phénomène que repose, entre autres, le marketing viral et donc le succès économique d'un Google, d'un You Tube ou d'un MySpace.

Donc pour revenir aux paroles de la chanson, donner à quelqu'un reviendrait tout autant à se faire un ami qu'à se faire du bien à soi. Bon, ça manque de poésie, mais ça permet aussi de remettre les pendules à l'heure.

Contrairement à ce que disent MM Hulot, Arthus-Bertrand et les mal-pensants, c'est moins la planète qu'il faut sauver que l'homme, la femme, les enfants et les personnes âgées en permettant à chacun d'eux de s'inventer un avenir qui, cette fois, résonnera avec celui des autres et avec le reste, connu ou méconnu encore, de l'univers. C'est en tout cas ce que nous laisse entendre la science aujourd'hui.

Et donc, notre survie ne passe pas par des petits gestes et des petites pensées dont le moteur essentiel est la culpabilité. Cela passe par la capacité de s'inventer un futur ce que ne proposent pas ces gens-là et tous les mal-pensants. A la stratégie de la peur, il commence à devenir urgent de s'engager dans une stratégie de l'espoir. Et donc, pour commencer, d'accepter de remettre en cause nos façons, de toute évidence, dépassées, de penser le monde.

Difficile ? Certes.

Impossible ? Non. Comme l'a été la construction de la paix en Europe au détour de Seconde Guerre mondiale.

Parce que la véritable finalité de la construction européenne, c'est la paix. Le reste relève des moyens et si aujourd'hui, la construction européenne bloque, c'est qu'elle ne parvient plus à avoir, ici aussi, les ambitions de ses moyens. Parce que cela ne peut plus être, si jamais cela l'a été un jour, une affaire de bureaucratie, de fonctionnaires et encore moins de technocrates. Ce ne peut être qu'une affaire de visionnaire.

Que devrait donc être pour les 30 à 50 ans qui viennent, après l'instauration de la paix en Europe, son ambition politique - et non économique au sens étroit et quelque peu borné du terme ? Telle est la question à laquelle il faut trouver, très vite, une réponse.

Le traité proposé n'est qu'un emplâtre sur une jambe de bois, qui, pour l'instant, sauve essentiellement la tête de gens dont les faits montrent que leur façon de penser les réalités de l'Europe ne correspond pas aux réalités du monde d'aujourd'hui. Ce qui est en passe de devenir, comme pour les rapports à la nature, insupportable tant le niveau de destruction atteint remet en cause l'avenir de tous.

Alors, après l'instauration de la paix, à quelle miracle pensez-vous que nous devrions rêver aujourd'hui au niveau européen ? D'ailleurs, l'Europe est-elle encore pertinente en termes de couverture géographique ? Le fait que la Turquie frappe à la porte de la communauté européenne montre bien que la portée de cette communauté-là va bien au-delà de ces frontières. Reste alors à se poser la question de savoir quel est le rôle de l'économique et celui des règles - en tant que moyens et non en tant que finalités - dans l'instauration, le maintien et le développement de cette communauté.

C'est dans ce domaine, qu'il faut sans doute penser d'abord. L'avenir de chacun ne peut plus se penser en dehors de cette dimension-là aussi. Pour les autres, mais aussi et surtout pour soi aussi. Avenir bien ordonné, commence par soi-même. C'est dire qu'il va falloir revoir, de fond en comble, les raisons qui nous ont permis d'en arriver là.

La question des grandes guerres européennes étant réglé, il importe maintenant de s'attaquer à la suite, pour régler cette fois, le sort des conflits régionaux potentiels dont l'ex-Yougoslavie nous a montré la réalité. Parvenu à ce point, j'en viens à penser que l'objet même de la construction européenne est toujours le même : l'instauration de la paix. Que ce qui change, par contre, c'est la façon de penser et de mettre en œuvre les moyens d'y parvenir.

L'Europe d'aujourd'hui, à force de se prendre au sérieux sous l'impulsion de fonctionnaires sans réelle dimension politique possible est en train de détruire l'idée même de l'homme européen c'est-à-dire, de l'homme vivant en paix et de la paix. La paix ne se construit pas, ne s'instaure pas, n'existera pas durablement sans les hommes, les femmes, les enfants, les personnes âgées, ceux et celles qui vivent là mais aussi ailleurs. Le monde d'aujourd'hui est fait de gens différents qui en font sa richesse. Il sera de moins en moins un monde fait d'étrangers tant le concept même est devenu mortifère et anachronique.


mercredi 18 juillet 2007

Lettre ouverte à Laurence (Searching For a Better World...)

Bonjour Laurence,

Je trouve l’objet de votre blog magnifique... parce que simplissime. "Pour un monde meilleur" Effectivement, ce devrait être, là, l'unique pensée de tout le monde. A commencer par nos dirigeants.

Hélas, à cette unique pensée, ils préfèrent le plus souvent, la pensée unique....

Même si je n'ai pas pensé à formuler ma quête en ces termes, ceux de la recherche d’un monde meilleur, c'est pourtant bien de ça dont il s'agit en final.

Et, évidemment, ce n'est pas simple.

Ce n'est pas simple parce que ce qui fonde nos raisonnements est bouleversé par les changements technologiques. En particulier, le numérique et sa dématérialisation bousculent et l'écrit et l'oralité, nos principaux moyens de pensée depuis que l'Homme est sur terre. Et donc, indirectement, ce sont nos modes de pensée, à nous cette fois, qui en sont affectés et donc, les façons que chacun et que chaque collectivité a de se représenter le monde.

Cela étant et en l'état, ces nouvelles technologies augmentent encore la coupure entre l'homme et la nature commencée avec l'écrit. La perception pertinente du monde s'en trouve de plus en plus difficile à saisir tant l'accès à ses réalités passe de plus en plus par des médias. Notre perception du monde réel dans toutes ses dimensions devient ainsi de moins en moins naturelle et donc de plus en plus contre-intuitive. Du coup, pour des raisons idéologiques et plus encore pratiques, on traite de plus en plus des problèmes que pose la mise en oeuvre de la technologie et de moins en moins de ce qu'elles sont censées - mais est-ce possible ? - permettre : accéder, justement, à un monde meilleur. Pour soi et pour les autres.

Ce que ces technologies ont réussi à démontrer pour l'instant, c'est qu'elles débouchaient sur un monde différent. Et de toute évidence, c'est cette différence que nous ne cessons d'explorer pour chercher en quoi, in fine, elle nous permettrait d'accéder à un monde meilleur.

De toute évidence, pour l'instant, elles ne mènent pas au bonheur. Pire même. Elles creusent la différence entre ceux qui disposent d'une capacité d'abstraction du réel et ceux dont les savoirs, les mémoires pratiques et culturelles s'inscrivent dans les corps et dans les gestes. Elles exacerbent ainsi l'opposition entre monde industriel et non industriel, entre "riches" et "pauvres".

A force de devoir présenter les choses en des termes correspondant au raisonnement technique, les solutions sont devenues de moins en moins "évidentes", et les approches des difficultés de moins en moins humainement logiques. Du coup, aujourd'hui, non seulement la seule bonne volonté ne suffit plus, mais de plus en plus, il s'avère qu'elle est productrice d'effets de plus en plus pervers.

C'est en ce sens que la quête d'un monde meilleur prend des allures de défi. Elle ne devrait redevenir réellement possible que le jour où on parviendra à prendre la mesure des modes de pensée liés au développement et surtout au niveau de déploiement des technologies numériques dans le monde. Dans un premier temps, pour tenter de les maîtriser afin ne pas être dominé par le monde des machines. Et, surtout, de ne pas être manipulé par ceux qui en maîtrisent tel ou tel partie ; dans un second temps, pour utiliser la puissance de ces moyens en vue de construire un monde meilleur pour chacun et donc pour tous.

Et donc, la toute première chose à faire est de reconsidérer l'approche occidentale de l'humanitaire. Le monde n'est plus fait de situations immuables, mais de relations et d'échanges dynamiques où chacun interagit et produit son effet sur un ensemble en évolution permanente.

Dans ce monde d'aujourd'hui qui est le notre, le don matériel n'est pas une solution s'inscrivant dans l'avenir. Il sauve toujours, mais sauver est une condition nécessaire, indispensable devenue insuffisante dans ce monde d'interactions. On est responsable de l'avenir des gens que l'on sauve de la mort et plus encore que l'on cherche à tirer moins de la pauvreté (un statut) que de la misère (une situation). Parce qu'aujourd'hui, la lutte contre la pauvreté est devenue un paradoxe. On ne lutte pas contre un statut, la pauvreté. On se bat contre la misère, sous toutes ces formes, car c'est elle qui peut être éradiquée et que c'est elle qui fonde la pauvreté.

La misère n'est pas seulement matérielle. Elle est aussi morale. C'est elle qui mine tous les efforts visant à permettre à ceux qu'elle affecte d'en sortir. Alors fini la stratégie exclusive du don. Il n'y a d'autres issues, aujourd'hui, que celles consistant à apprendre à croire, d'abord, et à faire les premiers pas, ensuite, sur la voie de l'avenir. Le leur. Et donc le notre aussi.

Voici donc la voie en laquelle, je crois. Pas facile mais prometteuse au moins.

Au plan pratique, pour montrer que rien n'a changé fondamentalement en ce bas monde, dès qu'il s'agit de projets ambitieux pour l'humanité, je vais rendre prochainement hommage à Robert Schuman, le père de l'Europe, en postant, ici même, une version actualisée de sa déclaration du 9 mai 1950.

Merci Laurence de m'avoir inspiré, à travers l'objet de votre blog, l'écriture de ce billet.

PS Vous avez raison. Si on mène mon raisonnement jusqu'au bout, cela signifie la fin de l'humanitaire tel qu'on l'entend aujourd'hui. L'humanitaire serait réduit aux actions d'urgence correspondant à des situations ponctuelles et exceptionnelles. Tout le reste devra s'inscrire dans l'accès à une vie "normale" (le terme est à prendre dans l'esprit et non au pied de la lettre), relevant d'une démarche de développement de la communauté visée, fondée sur la valorisation locale, régionale, nationale et internationale systématique des savoirs et savoir-faire locaux rendue possible justement par le déploiement de l'Internet et de son économie.



mardi 17 juillet 2007

L'American Way of Life Présidentiel

Le chien étant le meilleur ami de l'homme, parfois l'homme le lui rend bien. Tout ça pour dire que j'ai une amie Québécoise qui m'honore de sa conversation. Enfin, n'étant pas chien, c'est moi qui parle beaucoup. Mais je l'écoute aussi. La preuve.

Discutant de Nicolas Sarkozy, Président, et du numéro qu'il nous a fait à la revue du 14 juillet, Carole, cette amie, m'a dit qu'Outre-Atlantique, ces manières de faire était monnaie courante. Et ce depuis belle lurette. J'ai mis un certain temps à réaliser que du "paquet fiscal" ou mieux "bouclier fiscal" (tax shelter en bon américain des familles), au serrage de mains des défavorisés par la vie en direct "live" et en plan américain, notre Président nous la jouait à l'américaine. Comme un remake du fameux film de Jacques Tati, où la vedette n'est plus tenue par un facteur, mais nouvelles technologies obligent, par le Président de la République française, himself.

Naïvement, depuis deux billets, du haut de ma niche, je n'avais rien vu. Dans ces conditions, vous méritiez bien ce billet d'excuse. J'aurais mieux fait d'intitulé mon billet d'hier : "Jour de Fête" en hommage à Jacques Tati qui avait, lui, venir le coup.

lundi 16 juillet 2007

La Fête

Je trouve que son statut va bien au teint du Président de la République en place.

J'ai enfin réalisé, ce 14 juillet, ce que ce Président avait d'étonnant. Ce n'est pas tant qu'il baigne dans le bonheur qui étonne le plus. C'est la nature de ce bonheur : celui d'un petit garçon complètement ravi de ce qui lui arrive et qui n'arrête pas de se pincer pour être sûr qu'il ne rêve pas. Cette joie-là est troublante. On perd ses marques. On se laisse gagner par cette spontanéité. Impossible de condamner la joie ! Le P.S. a beau jouer les vierges effarouchées, le combat est perdu d'avance. N.S. en affichant un plaisir sans pareil est en passe d'acquérir effectivement une légitimité qui dépasse et de loin celle acquise par les urnes. Parler de droit divin serait abusif, mais de toute évidence, le personnage est bien dans les bottes du pouvoir symbolique qui le lui rend bien.

Tout au long du défilé, à chaque fois que les caméras se braquaient sur le président, j'avais l'impression que l'on célébrait non la Fête nationale, mais le Noël du Petit Nicolas en plein de mois de juillet. L'impression de voir un enfant découvrant des jouets incroyables descendant et du ciel et le Champs-Elysées et pouvant se dire, à chaque fois, au comble de l'émerveillement : "c'est à moi !" Et la foule, quelque part de le lui confirmer.

Jamais je n'ai vu un défilé militaire aussi désarmant. Ce Président est un grand enfant. Mais, hélas, j'ai peur qu'il s'agisse là, d'un sale gosse qui nous prépare de sales coups.

En attendant, tous les ministres l'ont dit: ce défilé était très émouvant et le président vire-voltant, s'est montré très partageur. Cet homme-là a une façon très personnelle de faire la Fête. Spontanée ? C'est une autres affaire. Païenne ? Certainement. Habile ? Assurément.

Serrer la main d'un porte drapeau désacralise le rapport aux symboles tout en l'humanisant. N.S. n'a pas salué les 27 pays européens. En serrant la main de chacun de ces hommes, en amenant les principaux responsables des instances européenne a en faire autant à sa suite, il a conféré à l'Europe une dimension politique à ce geste. Le Président a moins invité l'Europe qu'il s'est positionné auprès de l'opinion publique comme maître de ballet de l'Europe politique.

Après la France, l'Europe donc. A quand le monde ? En attendant, et de toutes évidences, N.S. a fait de cette Fête nationale du 14 juillet, SA fête. Tout comme il fait de la Présidence, SA Présidence. Tout comme il a fait de l'Europe, ce moment-là, SON Europe. Sa "joie" et ses ambitions sont contagieuses. L'épidémie sarkozienne est partie à la conquête de l'Europe et du monde. Et, Sarkozy est en passe de devenir la série télé qui manque à la France. En tout cas, la première saison commence en fanfares.


"Paquet'" ou "bouclier" fiscal ?

Que ce soit l'une ou l'autre version que l'on retienne pour décrire les dispositions fiscales proposées en ce début de présidence sarkozienne, je reste très perplexe concernant leur efficacité. Car à quoi visait donc cette série de dispositions dans l'esprit du nouveau président ? A provoquer "un choc de confiance".

Pour le choc, rendons au président ce qui lui appartient, c'est gagné. Même ses troupes ont été secouées.

Quant à la confiance, je suis plus dubitatif. Je ne suis pas sûr que les riches, pas plus que les moins riches pour ne pas parler des pauvres, aient plus confiance en l'avenir.

Certes, le "paquet" fiscal est une aubaine pour certains et une très, très, très bonne aubaine pour une minorité. Pour tous les autres, elle va coûter 13 milliards d'euros et des grosses poussières en années pleines.

C'est ce qui s'appelle certainement en faire nettement moins pour gagner nettement plus. Mais, vous l'avez compris, ceci n'est pas donné à tout le monde. Voilà pour les faits.

Pour le reste, je crois que c'est mal joué sur toute la ligne. Là aussi on a les riches que l'on mérite. La France me semble mériter mieux que des gens qui ne fuient pas le pays uniquement pour des cadeaux fiscaux. C'est l'approche par la médiocrité.

Ce qu'il faut rechercher, c'est là aussi et une fois encore, à créer des conditions de vivre et d'agir telles que personne ait envie d'aller vivre ailleurs. Même si il en a le choix. Plus même. Au point qu'il accepte de payer plus parce que cela en vaudrait la peine.

L'objectif n'est pas gardé des riches à tout prix, c'est le moment de le dire, mais de faire en sorte que les plus méritants des plus riches aient envie de quitter leur pays pour venir vivre dans le notre.

Ceci posé, mon travail de président n'est pas de dire ni à quoi ça ressemble ni comment faire. Parce qu'un président, ce n'est pas tant fait pour rassembler que d'inspirer à chacun l'envie de faire ensemble.

Mon travail consiste donc moins à rassembler qu'à motiver et mobiliser l'énergie et le talent de chacun pour construire justement l'environnement qui réponde, parce qu'il sera vertueux, à ses attentes essentielles. Celles auxquelles il faut impérativement se donner les moyens de répondre parce qu'elles donnent à chacun un sens à sa vie et à tous elles procurent le moyen de retrouver le plaisir de vivre ensemble et donc de redonner confiance en l'avenir.

L'avenir et la vertu ne se décrètent pas plus qu'elles ne s'achètent. Alors toutes ces mesures ne servent à rien sinon à masquer les solutions, les bonnes résolutions et les bons engagements.

Reste non pas à convaincre parce qu'il s'agit moins de cela que de redonner l'espoir, de montrer qu'il est possible de croire que les choses sont possibles et qu'il suffit pour cela d'arrêter de penser en termes de problème et de réfléchir en termes de solution.
D'ailleurs, pour tester le bien fondé du propos, il suffit de l'appliquer à soi-même.

En tout cas, penser solution et non problème, c'est la seule manière d'aborder les choses si l'on veut déboucher sur un programme qui soit réellement politique et qui puisse tenir. Parce que ce n'est pas au président de tenir ses promesses. C'est à son programme. Si son programme n'y parvient pas, alors il faut effectivement sanctionner le président. Mais il faut impérativement cesser de tout mélanger ainsi.

Quant à la manière de mettre en oeuvre les choses, Robert Schumann, le père de l'Europe, avait indiqué la méthode et montrer, aussi, la voie. Il faudra donc y revenir (que ce soit sur la méthode et sur l'objet du programme).

Qu'en pensez-vous ?

PS En attendant, le "paquet fiscal" montre l'urgence qu'il y a à répondre aux questions de l'emploi et du travail tant sa réussite repose sur la croissance et donc sur elles.

dimanche 15 juillet 2007

Epinal : doit mieux faire

"Le Président doit rassembler". C'est, pour le moins, le service présidentiel minimum. Surtout pour un Président qui veut gouverner.

En fait, comme on l'a vu dans le billet précédent, ce n'est pas que la chose soit facile, mais il est évident que si on pose le problème de façon à passer à côté, la chose devient impossible.

En fait, la mission d'un Président ne consiste pas seulement à rassembler. Elle est de tout faire pour éviter ce qui peut diviser la Nation. Ni en termes de communication. Encore moins en termes de traitement des uns et des autres. Et sur ce point, on ne peut pas dire que le début du quinquennat Sarkozy aille dans le sens de la diminution des inégalités.

Au-delà du rassemblement, ce pays a surtout besoin de reconstituer une solidarité de fait pour s'attaquer à l'avenir. Et pour cela il faudrait une vision et des réalisations permettant de mobiliser tous les esprits. On en est loin.

samedi 14 juillet 2007

De plein emploi au bon emploi


Pour commencer, je dois avouer mon accord partiel avec huit eurodéputés sur dix si l'on en croit cet article du Monde. Le travail de "shadow president", de toute évidence, relève d'un travail à temps plein. Quant au CDI, concernant ce travail, cela est séduisant, mais est-ce bien raisonnable ?

En attendant, comme vous l'avez certainement remarqué, j'ai beaucoup de mal à assurer le rythme de publication souhaité.

A cela, j'ai découvert qu'il y avait une raison majeure. A force d'être secouée depuis une vingtaine, sinon une trentaine d'années, à coups d'innovation, la société a éclaté. Aujourd'hui, plus que de rassembler - j'y reviendrai -, il s'agit, avant tout, de recoller des morceaux. Du coup, vouloir expliquer qu'il s'agit aujourd'hui de penser différemment l'avenir est une démarche vouée à l'échec. Doublement.

Sur le plan du contenu, d'abord. Pour parvenir à faire prendre conscience de la nécessité de changer nos façons d'aborder les choses, encore faudrait-il convaincre que penser l'avenir et le construire sont des chose non seulement possibles mais éminemment souhaitables.

Avec le risque réel qu'à l'heure où la génération adulte est convaincue que ses enfants vivront moins bien qu'eux-mêmes, l'idée même ne peut-être ressentie que comme de la provocation.

Alors ?

Alors, alors, Sarko est arrivé.

Et s'il a décroché la timbale, c'est moins qu'il ait proposé véritablement un programme politique, qu'un programme d'actions. Ce qui n'est pas du tout la même chose comme, hélas, l'avenir immédiat risque de nous le démontrer.

En attendant, les débats des euro-députés concernant la modernisation du "droit du travail pour relever les défis du XXIème siècle" est exemplaire tant il montre que les questions soulevées par le changement sont posées en des termes qui excluent de trouver, spontanément des solutions.

De fait, à lire cet article, on découvre très vite que la vraie question n'est ni d'ordre juridique, ni même d'ordre économique. La vraie question est d'ordre politique et elle porte tout autant sur la protection des individus que de ceux qui travaillent. Parce qu'en final, la question tourne moins autour de la sécurité de l'emploi que la lutte contre la précarisation du sort de ceux qui travaillent. Pour des raisons humaines, mais pas seulement. Un travailleur précarisé, dans une société à plus de 40% de prélèvements obligatoires, c'est toute l'économie mais aussi toute la politique d'un pays qui se trouvent précarisées.

La vraie question est donc moins le contrat de travail en soi que de savoir qu'elle est la place dans la société de ceux qui travaillent et qui contribuent ainsi au fonctionnement non plus seulement économique mais politique du pays. Cela renvoie une vision beaucoup plus positive que défensive de l'emploi. Elle n'est plus seulement relative au travail. Elle pose la question de sa nature ce qui, dès lors, permettrait d'aborder les questions d'avenir en nous permettant de sortir du paradoxe actuel ou la façon même de penser le travail sur des bases devenues dépassées ne permet plus de penser l'emploi.

Dès lors, s'entendre sur le fait que le "CDI plein temps doit rester la norme" montre bien que les euro-députés ne sont pas encore parvenus - mais les autres aussi par la même occasion - à poser la question dans les bons termes.

Même l'évocation de la situation dans les pays scandinaves, vire à la démonstration que l'on s'enferme dans une logique dépassée. Citation : "L'exemple des pays scandinaves montre clairement que le niveau élevé de la protection contre le licenciement et des normes en matière de travail est tout à fait compatible avec une forte croissance de l'emploi". La question n'est pas de protéger contre le licenciement. La question avant celle-ci est de savoir comment faire en sorte pour que le recours au licenciement ne concerne plus que les comportements individuels. Cela voudrait dire que l'entreprise aurait enfin pris la mesure des changements techniques et de leur impact sur la nature même du travail ce qui demande, effectivement, que l'on cherche moins à préserver ce qui, hier, assurait la valeur économique du travail, mais ce qu'elle est aujourd'hui et plus encore, ce qu'elle devrait être demain.

Encore donc, faudrait-il au moins se poser la question.

Pas évident, mais pourtant se focaliser sur cette question me semble relever d'une démarche vertueuse. Et pour cause. Elle repose sur le développement de ce que chacun à de mieux à proposer dans l'intérêt de tous. Et donc, à commencer par les siens. Cela concerne les employés, les employeurs mais aussi et surtout l'économie des pays. En ce sens cette approche de la question de l'emploi et donc du travail constitue un préalable pour pouvoir traiter de la construction de l'avenir. En d'autres termes, la question de l'emploi ne devrait plus tant se poser en termes de plein emploi, mais de bon emploi. La seule façon, aujourd'hui, de parvenir au plein emploi de tous. Que ce soit au travail ou ailleurs (je pense, ici, au sort fait au travail de la mère de famille au foyer et à celui de l'épouse de beaucoup de commerçants).